Don't Trust Sleepy Water

Zone de stockage


    Riley - Fiche de présentation

    Partagez
    avatar
    Joyce S. Cooper

    Messages : 55
    Date d'inscription : 16/07/2015

    Riley - Fiche de présentation

    Message par Joyce S. Cooper le Mer 22 Fév - 22:40

    Histoire :

    On dit souvent que les histoires commencent par le traditionnel « Il était une Fois », mais quand on se penche sur la signification de ces quelques mots mis bout à bout, on se rend vite compte qu’ils ne concernent que les récits uniques, ceux qui n’ont existé et qui n’existeront qu’en un seul exemplaire. Alors, si on entre dans le monde mythologique, où se croisent dieux, déesses et humains avec une breveté somme toute relative, peut-on seulement débuter une de leurs rencontres par un « Il était une Fois » ? J’en doute. Et de toute façon, ce qui va suivre n’a rien d’un conte.


    ***


    La pénombre conférait à la ruelle un aspect presque envoûtant, irréel. Chacun se montrait sur le qui-vive, les muscles bandés et les mains serrant les armes avec ce qu’ils possédaient de calme et de concentration. Ce n’était pas la première fois qu’un clan opposé se montrait un tantinet envahissant, comme si le jeu qui consistait à repousser les limites de chaque territoire ne connaîtrait pas de fin. Peut-être était-ce le cas, qui sait. Peut-être que ces hommes avaient besoin de ce type d’animations pour donner encore un sens à leur vie. Il n’était pas question de débauche, ou d’infantilité, juste de respect envers les traditions familiales. Et s’ils avançaient, le canon à la main, ce n’était pas sans raison. Tous avaient déjà vécu ce genre de situations, et aucun ne fut donc étonné lorsque la première balle s’échappa en un bruit sec qui alla se répercuter sur les murs de briques salies par le temps. Les échanges ne semblèrent pas être aussi longs que ce que l’on pouvait voir dans les films, à moins qu’il ne s’agisse d’une perception subjective. Quoi qu’il en soit, les coups de feu finirent par arrêter et on entendit plus que l’écho étourdissant dans le voile sombre de la nuit. Chicago était comme ça. Incontrôlable. Effervescente. Indomptable.

    « On rentre. » La voix avait claqué. Ferme et contrôlée. Les hommes s’activèrent, et bientôt, tous se retrouvèrent dans un pub habituel, éparpillés à toutes les tables. Se mêler aux clients réguliers ou non était assez commun, et rendait en quelque sorte, cette fin de soirée plus normale. Andrei observait les membres de son groupe buvant et riant comme des bienheureux. Certains restaient encore sobres, mais il savait que ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils ne se laissent totalement aller. C’est pour cette raison qu’il ne s’autorisait lui-même aucun écart. Garder un œil sur eux faisait partie de ses attributions, en tant que chef de famille. Accoudé au bar, un verre au reflet ambré entre les mains, il patientait en se remémorant leur mission du jour.

    Ce fut à ce moment-là qu’elle entra. Sensuelle et charismatique, elle avait ce je ne sais quoi de hautain qui pouvait séduire les yeux se posant sur elle. Une démarche conquérante qui ne laissait place à aucun doute quant à sa confiance en elle, cette femme avait tout de l’inapprochable. De l’intouchable. Pourtant, quand elle vint s’assoir aux côtés d’Andrei, il ne se posa pas la question de savoir s’il pouvait l’avoir ou non, s’il était à la hauteur de cette inconnue, parce que tout était déjà clair. Leurs regards se croisèrent et quelque chose d’indescriptible s’anima dans les prunelles des deux protagonistes. Un partage. Pas d’amour, mais une compréhension mutuelle. Et un jeu, bien entendu. Parce qu’Andrei était quelqu’un de libre, de sauvage et qu’il voyait dans la posture et les expressions de la jeune femme qu’il en était de même pour elle, si ce n’est plus. Un défi à sa hauteur en somme. Tous deux entamèrent donc une conversation faite de non-dits, et de sourires en coin. Pour ensuite se poursuivre ailleurs. Après tout, quand une alchimie pareille s’éveille, on ne peut passer à côté en l’ignorant.

    La nuit partagée fut plus qu’électrique, et Andrei se réveilla dans le dos de son inconnue, le bras autour de son corps fin et athlétique. Elle était belle. Fière. Libre. Et avait marqué sa mémoire de manière indélébile, et ce, malgré le fait qu’il ait compris instinctivement qu’elle ne resterait pas. Personne ne pouvait posséder cette femme – cette déesse, comme elle le lui avait dit, alors qu’il lui avait offert un sourire amusé devant son humour – personne, pas même lui. Alors il la laissa partir, combien même l’envoûtement était réel et qu’il aurait aimé pouvoir la garder… Encore un peu.

    Les choses reprirent leur cours. Andrei était d’origine russe, de nationalité pour être exact mais falsifier quelques papiers officiels revêtait du domaine du possible pour quiconque en avait le pouvoir ou les moyens. Donc, officiellement, il n’en avait que les origines, même s’il avait vécu la majeure partie de son existence dans une rue parallèle à la célèbre Place Rouge. Elevé près du Kremlin, par un père autoritaire et une mère des plus protectrices, il a été bercé par les conflits et les querelles de famille. Il n’a pas mis longtemps à adopter le mode de vie de ceux de son entourage, au point d’exceller dans la manipulation de tous types d’armes. Cependant, s’il a pu atteindre le respect qu’on lui accorde aujourd’hui, ce n’est pas grâce à la simple utilisation d’une lame finement aiguisée, mais davantage à son tempérament. Calme, intransigeant, déterminé, Andrei a grimpé les échelons du pouvoir, tout en acquérant le regard admiratif de certains. Ce qui fait notamment de lui, quelqu’un de dangereux, et traînant un bon nombre d’ennemis. A l’âge de 25 ans, il fit le choix de rejoindre les Amériques afin de se défaire du nom des Grigoriev, devenu trop encombrant en Russie. Il voulait faire ses preuves et montrer à ses parents quelles pouvaient être ses véritables capacités. Les débuts se présentèrent bien plus sombres que ce qu’il avait prévu, mais il tint bon. Chicago offrait des possibilités insoupçonnées, et aujourd’hui, atteignant ses 36 ans, l’homme a gagné la considération de ses pairs. Alors, non, ce n’était pas une femme rencontrée dans un bar qui allait lui faire tourner la tête. Peu importe qu’elle ait montré des atouts non négligeables.

    C’est ce que se disait Andrei alors qu’il avalait une énième tasse de café. La matinée avait été longue, et sanglante. Le FBI trainait partout, et cela commençait sérieusement à l’agacer. Déjà que leur présence rendait nerveux ses hommes, il ne manquerait plus qu’une erreur soit commise. Frustré par les coups donnés à la porte de son bureau, il grogna un « entrez » peu amène. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant dans l’embrasure de son entrée, une silhouette qu’il reconnaitrait entre mille.

    « Toi.
    - Moi. » Ce fut tout, avant que le silence ne prenne possession de la pièce. Andrei ne la quittait pas des yeux, curieux de savoir ce qu’elle fichait là, et secrètement admiratif de sa prestance. Et puis, elle bougea. Avançant dans sa direction, elle écarta les pans de son manteau et il se tendit par réflexe.

    « Calme toi, je ne suis pas venue te tuer.
    - Qu’es-tu venu faire en ce cas ?
    - J’ai quelque chose à te donner. »

    Leurs mots étaient prononcés avec une sorte de complicité somme toute déplacée, en sachant qu’ils ne s’étaient vus qu’une fois, quelques mois auparavant. Mais tout était là, naturel, instinctif. Le regard de l’homme finit par se détacher des traits de la jeune femme pour se poser sur le paquet qu’elle venait de faire apparaitre. Etrange… Il n’avait vu aucune bosse sous son manteau. Cette constatation lui fit froncer les sourcils, sourcils qui se figèrent lorsque le colis frémit. Il fallut encore qu’elle approche pour poser l’enfant sur le bureau et qu’il reste muet une longue poignée de secondes, pour qu’enfin, il puisse reprendre pied avec la réalité.

    « Un bébé ? Demanda-t-il, stupéfait.
    - Ton bébé.
    - (…) Quoi ?
    - Hum… Bon, notre bébé, si tu y tiens. » Elle avait ajouté cela avec une nonchalance qu’il ne pouvait comprendre. Comment cette femme pouvait-elle lui faire ce genre d’annonce de manière si flegmatique ? Et le prenait-elle seulement pour un idiot ?

    « Nous nous sommes rencontrés, il y a six mois.
    - Et elle en a cinq. » Il garda le silence encore un instant, se demandant réellement si tout allait bien avec cette femme dont il ne connaissait pas même le nom.

    « Me prendrais-tu pour un imbécile ?
    - Je pourrais te prendre pour un grand nombre de choses, mais certainement pas pour un imbécile. Assis toi. » Et aussi incroyable que cela puisse être, il obéit. Reprenant place dans son fauteuil en cuir, il ne détournait plus le regard de la femme, ignorant clairement le bébé qui gigotait doucement sur son large bureau. Non, il attendait des explications, parce que de son souvenir, l’inconnue ne lui était guère apparue comme étant folle.

    « Andrei… Je suis ce que les humains appellent une déesse. »

    La déclaration claqua dans l’air, ne recevant aucune réponse. Andrei la fixait encore et encore, cherchant à comprendre où elle voulait en venir avec ses élucubrations. Mais elle avait l’air si sérieuse, si convaincue par le terme utilisé qu’il fronça légèrement les sourcils, en répétant après elle. « Une déesse. » Le ton était clairement dubitatif, ne cachant rien de son scepticisme. La femme soupira en acquiesçant, semblant quelque peu blasée. Elle leva la main au-dessus du bébé, obligeant l’homme à reporter son attention sur le paquet frétillant. La paume à une vingtaine de centimètres du nouveau-né, elle fit un geste fluide qui lui fit écarquiller les yeux. Et pour cause. Ce qu’il avait pris pour une couverture noire de prime abord semblait en réalité être… De l’ombre. Une vague obscure et immatérielle qui suivit la main de la femme jusqu’à rejoindre le manteau et disparaitre à l’intérieur. Là, sur le bureau, ne restait plus qu’un poupon vêtu de violet pale. Et il gigotait. Encore.

    « Qu’est-ce que…
    - Une déesse, je suis une déesse. Plus vite tu l’accepteras, plus vite je pourrais te parler d’elle.
    - Elle ?
    - Le bébé est une fille. » C’était fou. Tellement incroyable qu’il ferma totalement son visage, pour que rien ne s’y reflète. Ce qui était déjà le cas chez la femme, remarqua-t-il. Elle semblait bien plus froide et dure que dans le dernier contexte où ils s’étaient rencontrés. Les secondes s’égrenèrent, puis il acquiesça, prêt.

    « Je t’écoute.
    - Je suis Nox, déesse romaine que l’on associe à la Nuit Personnifiée.
    - Hum.
    - Peu importe que tu y connaisses quelque chose ou non. Tu vas avoir une demi-déesse à élever à présent, et ce ne sera pas sans risque.
    - Oh, parce que tu ne comptes pas t’en charger apparemment…
    - Je ne peux pas. Mon royaume s’étend en des lieux où les mortels ne peuvent séjourner. A moins qu’ils ne soient morts.
    - Charmant. Ironisa-t-il, en croisant les mains entre elles.
    - Notre fille possédera probablement des dons semblables aux miens. Son odeur attirera les monstres. Tu dois lui apprendre à se défendre. Poursuivait-elle, en faisant fi de ses interruptions.
    - Monstres ? Il s’était arrêté sur ce mot, le visage dur.
    - Oui. Ils chercheront à la tuer, pour ce qu’elle est. Comme je n’apprécie guère que mes enfants se montrent faibles, je te prierais de la préparer.
    - Comment ça « tes enfants » ? Tu en as d’autres ? »

    Agacée par sa nouvelle intervention, elle se pencha en avant, posant ses mains de chaque côté du bébé, avant de plonger son regard dans celui d’Andrei. Il fallait qu’il comprenne.

    « Je suis une déesse, Andrei. Vieille de millions d’années. Mes enfants sont si nombreux que tu n’aurais pas assez d’une vie pour tous les nommer. Mais là n’est pas la question. Je me souviens de chacun d’entre eux, et je n’aime que très modérément l’idée qu’ils puissent mourir bêtement. Lorsque viendra le moment, il lui faudra rejoindre San Francisco pour poursuivre son éducation.
    - Pourquoi San Francisco ?
    - Il existe un endroit réservé aux demi-dieux où ils sont formés à l’art de la guerre de façon romaine. Seuls ceux portant du sang divin peuvent le rejoindre. Pour cela, ils devront passer une épreuve, et la passer seuls.
    - Comment s’appelle cet endroit ?
    - Le Camp Jupiter, mais cela n’a pas d’importance. Si elle veut y aller, tu devras la laisser faire. C’est dans ses gênes.
    - Et toi ?
    - Moi ?
    - Que vas-tu faire à présent ? La laisser à jamais ? Ironisa-t-il sans la quitter des yeux.
    - Je ne reste jamais longtemps auprès des humains, Andrei. »

    Est-ce qu’il y avait une réelle pointe de tendresse dans le ton de sa voix ou l’imaginait-il seulement ? Impossible à dire avec conviction. Mais tout était terminé, il en avait conscience. Ils continuèrent à discuter quelques instants, de certaines modalités, et l’homme se retrouva seul dans son bureau. Seul avec un bébé. Une petite fille apparemment. Soupirant à moitié, il ferma les yeux le temps de se reprendre. Lorsqu’il rouvrit ses paupières, plus aucune trace de choc n’était visible sur son visage. Il se redressa, approcha du couffin, et finit par le saisir entre ses bras. Ses yeux se posèrent sur la peau lisse et rosée du nouveau-né, alors que ce dernier se mettait à babiller joyeusement. Le temps s’arrêta, puis Andrei lui rendit son sourire.

    « Une fille, hein ? (…) Sasha, tu seras Sasha. »



    ***


    Quand on vient au monde dans une famille de mafieux, on comprend assez vite que l’entourage sera majoritairement masculin. En somme, ça n’avait jamais posé de problèmes à la petite Sasha. Les membres du clan avaient émis quelques doutes sur la dangerosité pour une fillette de vivre au sein de leur groupe. Mais Andrei avait été clair. Sa fille resterait avec lui, et quiconque oserait poser la main sur elle viendrait en pâtir avec sévérité. Le mot était passé, et personne de mentalement stable n’avait tenté d’idiotie. La nuance résidait néanmoins en ces quelques mots : mentalement stable. Chose qui, de toutes évidences, n’était pas tant monnaie courante que ça, dans la Grande Chicago des années 90. Le clan avait cessé de compter les attaques visant la gamine lorsqu’il n’y eut plus suffisamment de doigts à trancher pour se venger. Apparemment, avoir un bébé impliquait le fait de se balader partout avec un panneau au-dessus de la tête où serait écrit « Proie facile. » Andrei n’avait pas tardé à en avoir assez. Comme il ne souhaitait pas se débarrasser de la moitié de la population du côté obscur de Chicago, il fit le choix de revenir au bercail. Après des années d’absence. Organiser son retour ne fut pas chose aisée, principalement à cause de la succession de ses affaires américaines. Après bon nombre de négociations, il confia son entreprise fleurissante à son bras droit à qui il accordait davantage de confiance qu’aux autres. Un dénommé Tresh. N’aspirant pas à la vie de famille en particulier, Andrei savait cependant qu’il était de son devoir de mettre cette enfant à l’abri.

    A peine âgée de deux ans, la petiote foula pour la première fois, la terre de ses ancêtres, la Belle Russie. Accueillie tout d’abord avec curiosité, ses grands parents ne tardèrent pas à devenir fous d’elle, profitant allègrement de sa présence dans leur pays. Cette attention en masse ne gênait pas l’enfant, qui babillait, et parlait de mieux en mieux. A ce sujet, la discussion qui survint un soir, entre les trois adultes confirma le souhait de chacun. Sasha parlerait anglais, mais russe également. Il en allait de la fierté de la famille.

    Et ainsi, les Grigoriev furent de nouveau réunis. Le petit frère d’Andrei, Yann n’avait jamais souhaité reprendre les affaires familiales, et être témoin du retour de son aîné avait ramené la paix au cœur de la famille. Sasha grandit parmi eux, chouchoutée et élevée comme le devait être une Grigoriev. Les affaires allant bon train de ce côté de la frontière, il y avait toujours à faire. Et surtout, toujours à prévenir. Sasha n’était pas moins visée en ces lieux qu’elle ne l’avait été à Chicago, la seule différence étant que les moyens à la disposition de son père s’avéraient bien plus nombreux et efficaces. Eduquée par des précepteurs de toutes sortes, la fillette montra quelques difficultés de lecture et d’écriture. Son géniteur avait été mis au courant par la mère, mais avait souhaité, malgré tout, tenter d’évaluer ses capacités. Observant par lui-même que les lettres présentaient des obstacles à l’éducation de sa fille, il chargea les professeurs de lui apprendre le latin, tout en continuant tout de même à lui faire des leçons en anglais et en russe. Il n’était pas dit que l’on baissait les bras chez eux, et au contraire, devant un défi, ils se devaient de répondre avec plus d’acharnement. Oui, Andrei pouvait se montrer dur envers la fillette, mais cela restait dans l’objectif de la maintenir en vie, et de faire d’elle, une femme qui n’aurait peur de rien. Et certainement pas des difficultés que lui donnerait la vie. A cet effet, l’homme augmenta les leçons. Au russe, à l’anglais et au latin, viendraient s’ajouter le français et l’arabe. Il est vrai qu’à six ans, cela pouvait sembler extrême, mais Andrei avait des projets pour elle, et ceux-ci comprenaient l’idée qu’elle soit en mesure de se débrouiller dans n’importe quelle situation. C’est également pour cette raison qu’elle eut des entraînements adaptés à son jeune âge, dans les arts du combat. La famille n’étant pas versé dans la sensiblerie, cela ne choquait personne que Sasha, du haut de ses cinq ans commence les certains sports de combat.

    De plus, encore une fois, en vivant dans ce genre de décor, on ne peut que côtoyer des êtres de toutes sortes. Des gros bras, des fumeurs de cigares, des tatoués, des discrets, oui la gamine avait pu observer des comportements différents, avec les yeux innocents de l’enfant qu’elle était encore. Par exemple, elle adorait Gaspard, un grand bonhomme tout maigre pas très à l’aise en groupe. Il lui racontait toujours des histoires de corbeaux prophète, d’arbre du monde, ou encore d’étoile perdue. Et à chaque fois qu’il parlait, il s’arrangeait pour rendre ses mots captivants, faisant en sorte que Sasha ne décrochait plus. Elle l’écoutait religieusement, alors qu’il nettoyait ses couteaux. Parfois, il lui montrait comment tenir le manche de la lame, avant de la lancer. C’est d’ailleurs, auprès de Gaspard qu’elle a appris à manipuler un poignard digne de ce nom, en se montrant rapide et efficace. Derrière ses airs dégingandés, il s’avérait être un excellent pédagogue, et Sasha en arriva assez vite à aimer ce genre d’activités. Du côté des sports, elle n’avait pas le choix que de se montrer la meilleure. La pression de sa famille pesait sur ses épaules de gamine, mais elle savait instinctivement que c’était normal. Pas pour des gens lambda, bien évidemment, mais pour quiconque naissait dans ce genre de milieu, la règle principale est « marche ou crève ». Et pour faire honneur au nom qui était le sien, elle n’allait pas seulement marcher, elle allait courir.

    Alors, elle progressa. Lutta. Défia tout ce que son père présentait sur son chemin, à la fois fière, revêche et déterminée. Sasha n’avait pas huit ans qu’elle tenait une arme pour la première fois. Ce n’était pas étrange pour eux, et elle savait qu’elle devait garder le silence sur ce genre de choses. A dire vrai, enchaîner les mensonges, elle l’avait appris très tôt. Mais elle n’en était pas malheureuse, bien au contraire. Les années défilèrent, mêlant esprit de clan, conscience professionnelle et éducation stricte. Elle s’était liée à bon nombres des hommes de son père, appréciant leur compagnie au point de passer des soirées auprès d’eux. Andrei laissait faire cela, parce qu’il savait que son équipe ne se montrerait pas désobligeante au sujet de sa fille. Très tôt, elle avait donc entendu parler de « gonzesses », de « parties de jambes en l’air », et autres termes des plus fleuris. Elle les avait observé boire du whisky et de la vodka, et palabrer sur le fait que tel ou tel alcool était meilleur. Elle les avait écoutés délibérer sur les qualités de chaque arme à feu, ou d’autres moyens de tuer. Si au départ, ils avaient voulu garder le silence sur certains sujets, une fois la langue déliée par la boisson, il était nettement plus difficile de tenir ce vœu correctement.

    Lors de sa dixième année, elle avait émis le souhait de se rendre à l’école, comme les enfants de son âge. La dispute fut violente, mais elle obtint gain de cause. Il faut dire que lancer un couteau droit dans le nez de l’ancêtre peint derrière Andrei avait nettement aidé à le convaincre. Ses talents étaient réels, et il en était fier. Fier de sa fille. Alors, il lui proposa une épreuve, et si elle la relevait avec brio, il la laisserait aller à l’école. Sasha accepta, évidemment. Depuis tant d’années qu’elle enchainait jeu sur jeu, elle n’allait clairement pas baisser les bras maintenant. Devant une évidente fermeté, son père acquiesça, programmant déjà ce que serait la prochaine épreuve. Un dimanche, où la nuit tombait déjà sur la ville de Mocou, il l’emmena au bord de la Volga. Des hommes attendaient à l’emplacement choisi, et Andrei ne tarda pas à lui expliquer ce dont il s’agissait cette fois. A l’écoute des instructions, Sasha se sentit blanchir, mais son regard se fit plus volontaire encore.

    « Tu veux que je tienne toute la nuit, immergée jusqu’au cou dans l’eau ?
    - C’est ce que j’ai dit.
    - On est en mars.
    - Et tu viens d’avoir dix ans.
    - Est-ce que mon âge change quelque chose ?
    - Sasha, voyons… Je n’allais pas te proposer cela avant ton dixième anniversaire… » La gamine roula des yeux, interceptant sans mal la légère moquerie de son père, à laquelle elle ne goûtait que très moyennement. S’il n’était pas sec, froid et sérieux, il arrivait qu’il fasse des plaisanteries de ce genre, en somme, rien de véritablement drôle. Mais il était ainsi, et elle avait appris à composer avec. Tournant la tête vers le fleuve, observant les légères vagues que le vent provoquait, elle finit par acquiescer.

    « Ça me va.
    - Bien. Nous allons t’installer, et nous reviendrons demain.
    - Tu… Ils ne restent pas ? Sachant que son père ne prendrait pas la peine de passer la nuit en ces lieux.
    - Non. C’est ton épreuve, ma fille. »

    Soit. Elle allait devoir affronter les eaux glaciales de la célèbre Volga, et ce, avec une température extérieure qui ne l’aiderait guère. Les hommes poussèrent un canot dans le fleuve, et elle grimpa à l’intérieur, silencieuse. Ils s’arrêtèrent dans un coin invisible pour ceux qui se baladeraient dehors, à cette heure, et Sasha se glissa dans le fleuve, lâchant un « putain », bien senti. Déjà son corps rechignait à cette activité, alors que des frissons la parcouraient de la tête au pied. On lui donna une petite bouée, ainsi qu’une corde qu’elle devait accrocher à son pied. L’attache était liée à une pierre suffisamment lourde pour la tirer vers le bas, ce à quoi, la bouée présentait une réelle utilité. Sasha ne bougeait déjà plus, s’habituant au froid ambiant. L’eau devait avoisiner les moins quinze degrés, alors que l’air tournait autour des moins sept. De quoi faire frissonner la plus chaude des femmes du bar à putes du coin. Mais c’est un avis personnel. Une fois le canot éloigné, le silence s’installa. Et sa galère avec. De la buée sortait de sa bouche à chaque fois qu’elle respirait, mais elle restait concentrée. La noirceur du fleuve semblait prête à l’envelopper toute entière, et elle s’y refusait. Parfois, elle battait un peu des pieds, malgré la présence du caillou. C’était nécessaire si elle souhaitait encore sentir le sang circuler dans ses jambes. Parce qu’elle avait quelques doutes sur l’issu de cette nuit. Son corps s’engourdissait peu à peu, et rester accrochée à la bouée n’était plus aussi simple. Du coup, elle se perdait dans ses pensées. Encore et encore. Si son mental ne tenait pas, la jeune fille savait qu’elle coulerait. Et il en était hors de question. Pas simplement parce qu’elle voulait avoir le dernier mot, rejoindre cette école, et prouver également à son père la valeur qu’elle avait. Mais également pour elle-même. Sasha n’aimait pas perdre, et encore moins baisser les bras. Sa vie était en jeu, elle en avait parfaitement conscience. Alors oui, elle allait tenir, foi de Sasha Grigoriev.

    Lorsque le matin arriva, Sasha était à deux doigts de s’oublier dans les méandres des ténèbres. Déjà, elle n’avait plus réellement conscience de ce qui l’entourait. Quand on l’attrapa par les aisselles pour la tirer dans le canot, elle ne réagit pas. Il fallut rejoindre la berge pour qu’elle murmure un « J’ai réussi… Et je choisirai mon sac pour la rentrée… » avant de s’évanouir. Du coup, elle ne put remarquer le sourire de fierté sur les lèvres de son père. Tout comme elle n’avait pas remarqué que durant la nuit, Andrei n’avait pas quitté le bord du fleuve. De toute manière, elle n’avait pas besoin de le savoir.

    Ce fut donc sans surprise que six mois plus tard, en septembre, on put observer une nouvelle jeune fille faire sa rentrée comme les autres, dans une école très privée de Moscou. Six mois durant lesquels elle avait subi entraînement mental sur entraînement mental. Sasha ne devait pas laisser échapper la moindre information quant aux affaires de sa famille, et pour cela, tout avait été bon à mettre en place. On lui avait enchainé les mensonges, et elle avait dû comprendre comment décrypter les expressions de ceux qui lui faisaient face. Ce n’était pas encore sa spécialisation, mais dans un milieu comme celui-là, si elle se faisait manger par les ruses et les élucubrations de quelques personnes, la jeune fille ne survivrait pas. Elle devait rester méfiante, et observatrice. Ce qu’elle fit. La demoiselle passa deux années à l’école, ressemblant réellement à toutes les autres élèves qui usaient les mêmes couloirs qu’elle, au détail près que le soir, elle avait le droit à un chauffeur personnel et qu’elle était certaine que son père avait ajouté des caméras dans l’école. M’enfin bon, comme elle se doutait qu’il n’y avait pas qu’elle qui était la fille d’un grand de cette ville, elle ne disait rien. A un moment tout de même, il faudrait penser à nettoyer toutes les caméras, hein, juste parce que ça commençait à ne plus être si discret que ça.

    La demoiselle se fit quelques amies, pas aussi proches que ce que l’on pouvait apercevoir dans les films de midinettes, mais elle passait son temps auprès d’elles. Et ce, sans jamais rien confier de sa vie. A dire vrai, elle se rendit rapidement compte qu’elle passait bon nombre d’heures à observer ceux qui l’entouraient, alors qu’un ennui grandissait en elle. Est-ce que les adolescentes étaient toutes aussi… Ennuyeuses ? Et pourquoi s’arrêtaient-elles sur des détails aussi inutiles que ce qu’il fallait porter le lendemain ? Oui, Sasha avait du mal avec ceux de son âge, les trouvant bien trop idiots pour que leur compagnie soit réellement agréable. Son avis était dur, certes, mais elle n’en ressentait aucun remord. Cacher la vérité aux gens ne leur rendrait pas justice. Néanmoins, on lui avait demandé de rester discrète alors elle tenait sa langue. Mais l’agacement était là.

    Ce fut lors d’une excursion au musée que son masque d’ado innocente tomba. Elle traînait avec une fille un peu moins chiante que les autres, observant les allées d’un œil curieux depuis quelques heures déjà, quand une odeur s’éleva dans les airs. Une flagrance des plus incommodantes qui enveloppa le couloir où elles se trouvaient. Sasha tourna la tête, intriguée, mais tout ce qu’elle vit fut une femme qui observait les tableaux un à un. D’où provenait donc cette senteur ? Distraitement, elle écoutait ce que la fille lui disait alors qu’elle ne semblait aucunement dérangée par l’odeur. Incroyable. Cette fille avait le nez bouché ou quoi ?

    « Elle ne peut pas la percevoir. »

    Sasha se tourna aussitôt vers la femme qui s’était approchée et qu’elle n’avait pas repérée. Etrange.

    « Percevoir quoi ?
    - Mon odeur.
    - Quoi ? » Qu’est-ce qu’elle racontait celle-là ? Déjà blasée d’avoir à faire à une cinglée, Sasha la gardait tout de même à l’œil. Sa copine du moment était à quelques mètres, et n’entendait donc pas leur conversation. Lorsque la femme souffla sur ses doigts, lui conférant un air un tantinet pimbêche, les yeux de Sasha s’attardèrent sur les ongles plus longs que la normale que l’inconnue exposait. Devait-elle poursuivre l’illusion de l’élève en excursion ou pouvait-elle laisser ça de côté ? Après tout, il était évident que cette femme cachait quelque chose.

    « Que voulez-vous ?
    - Franche la petite, j’aime ça.
    - Hum.
    - Je suis là pour toi. Pour ta copine aussi, à la rigueur. Les humaines peuvent toutes être revendues, surtout à cet âge-là.
    - Trafic d’humains ?
    - En quelque sorte. »

    Sasha la faisait parler, et s’éloignait doucement, ce qui sembla attirer le sourire sur les lèvres de l’inconnue. Ce sourire découvrit ses dents un peu plus acérées que chez la plupart des êtres humains et la gamine frissonna. Clairement pas normal, donc. Sa main se glissa dans la poche arrière de son pantalon noir cintré, et elle agrippa le couteau que Gaspard lui avait offert.

    « Êtes-vous envoyée par mon père ? Est-ce un nouveau test ?
    - Pas cette fois, Sasha. »

    Elles ne se quittaient pas des yeux, et la confiance tranquille de l’adulte à l’odeur étrange mettait la petite Grigorieva sur le qui-vive. C’était mauvais signe. Il lui faudrait attaquer sans attendre. Comme son père le lui avait appris. Du coup, à peine la femme avait-elle posé sa main griffue – griffue – autour de son bras, que Sasha répliquait. Vive et sans hésitation, elle enfonça sa lame dans l’épaule de l’ennemie, avant de recommencer une nouvelle fois par mesure de sécurité. Libérée de son emprise, elle recula aussitôt, faisant fi du cri de sa camarade de classe qui, visiblement, avait tout vu. Le pire ne fut pas de sentir le sang couler sur ses mains, mais plutôt le ricanement qu’elle perçut.

    « Je suis une Harpie, les armes humaines ne peuvent rien contre moi. »

    Les armes humaines ? De quoi parlait-elle ? Et là, sous ses yeux froids, la demoiselle observa l’inconnue changer peu à peu de forme. Ses ongles se transformaient en griffes, non… En serres, et elle fronça les sourcils. Il n’était pas prudent de rester là pour contempler la fin de la transformation, hein. Sasha fit demi-tour, attrapa la main de l’autre fille, lui lança un « cours » et se mit elle-même à pousser sur ses jambes. Pas question de s’attarder. Le rire de la créature les poursuivait, obligeant Sasha à garder les idées claires. Heureusement qu’elles connaissaient déjà le musée, parce qu’il ne leur fut pas difficile de se diriger à travers le dédale de couloirs sans se retrouver bloquées bêtement dans un coin. Lorsqu’elles atteignirent l’une des salles communes, Sasha ralentit le pas. Trop de monde, trop d’ouvertures, elle ne pourrait les attaquer ici. Et déjà, l’œil affuté de la gamine repérait la créature les rejoindre par le même couloir, le visage trahissant sa frustration. La fille d’Andrei ne put retenir un clin d’œil à son encontre, cachant ses mains dans ses poches. Après avoir menacé la camarade de classe de lui briser les jambes si jamais elle parlait, la demoiselle rentra chez elle. Pour être interrogée. Après tout, des tâches de sang, et un couteau qui dépasse ne passent pas vraiment inaperçus auprès d’hommes dont le travail consiste parfois à tabasser les clans adverses. La gamine ne put que s’exécuter. Et à sa grande stupeur, son père n’émit aucun doute quant à ses propos. Alors qu’elle pensait sérieusement que personne ne la croirait. Au contraire, Andrei leva les yeux jusqu’aux siens, plongea son regard insondable dans ses prunelles, et acquiesça. « Bien. »

    Bien ? Bien, quoi ? N’allait-il pas demander autre chose ? Ou faire envoyer une équipe pour vérifier ses paroles ? Visiblement, non. A la place, il se contenta de se lever en lui demandant de l’attendre dans son bureau. La petite blonde acquiesça en silence, et attendit patiemment. En général, faire preuve de cette vertu restait dans ses cordes mais il existait certaines situations où faire montre de patience relevait de l’impossible. Là, c’était le cas, par exemple. Son cœur avait accéléré son rythme et la chaise semblait bien moins confortable que quelques minutes auparavant. Quand son père revint, elle eut des difficultés à cacher son soulagement, ce qu’Andrei lui fit remarquer. Une moue blasée et quelque peu orgueilleuse aux lèvres, elle ne le quittait pas de ses prunelles claires, impatiente de savoir ce qu’il tenait entre les mains. Le tissu – du velours visiblement – était aussi noir que l’ébène et la forme de l’objet, longiligne. Quand il le posa sur le bureau, un bruit sourd s’éleva, camouflant à peine le cliquètement reconnaissable.

    « Une lame ? Demanda-t-elle aussitôt.
    - Oui. Elle a cependant quelque chose de particulier. »

    La curiosité se peignit sur les traits de la gamine, alors qu’elle se levait un peu de son siège pour s’approcher et contempler l’arme à présent visible. D’un aspect légèrement dorée, elle était longue d’une cinquantaine de centimètres. Un manche discret complétait ce qui semblait être une machette, sans la ligne courbée habituelle. Sasha ne la quittait pas des yeux, hypnotisée.

    « C’est ta mère qui me l’a confiée. Pour toi. »

    Le monde sembla basculer. La jeune fille leva la tête avec une lenteur proche de l’horreur, alors que les mots percutaient son esprit. Sa mère ? Jamais Andrei n’avait pipé mot concernant cette femme dont elle ne savait rien. Et voilà qu’il lâchait cette bombe avec cette légère confiance en lui presque solennelle, qui la rendit folle, principalement en cet instant.

    « Ma mère ?
    - Ta mère est une déesse, Sasha.
    - Ben voyons. Je te pensais pas si romantique, papa. » La réplique pleine de sarcasme attira un sourire sur les lèvres sèches d’Andrei, reconnaissant bien là la verve de sa fille. Mais il fallait qu’elle comprenne. Parce qu’il était temps qu’elle soit mise au courant sur les dangers qu’elle encourait, et sur les racines qui étaient les siennes. Alors, c’est ce qu’il fit. De longues heures durant, père et fille discutèrent ensemble, le ton montant de temps à autre, avant que le silence ne reprenne ses droits. La conversation fut des plus houleuses et au vu des caractères des deux protagonistes, cela n’eut rien d’étonnant. Sasha ne cessait d’avoir des questions, venant les unes après les autres à mesure que les informations tombaient. En cette nuit du 22 juin 2000, la jeune fille apprit qui elle était vraiment.

    Tout sembla plus clair ensuite. Notamment cette impression constante d’être davantage à l’aise à la nuit venue. Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, Sasha n’en voulait pas à son père de lui avoir caché la vérité. C’était tout à fait compréhensible et elle acceptait cela, sans difficultés. Durant les deux qui suivirent, elle resta à l’école, s’éloignant encore davantage des jeunes de son âge, prenant la place qui était la sienne auprès de son père. Elle tua le premier traître avec l’arme que lui offrit son grand père. Un Browning Hi-Power, 9mm, aux 13 coups, à la crosse argent et au viseur laser. Et son holster d'épaule, évidemment. Qu’elle adorait et chérissait autant que le couteau de sa mère qui avait pris place dans son dos. Effectivement, après certains tests, on avait convenus que le placer là représenterait une surprise de taille. Il suffisait qu’elle lâche ses cheveux pour cacher le manche qui dépassait légèrement. En somme, Sasha était déjà suffisamment armée pour une adolescente de son âge. Son père ne lui cachait plus ses affaires. A dire vrai, ce serait même l’inverse. Et cela intéressait Sasha, qui faisait montre d’une certaine inclination à sans cesse progresser. Le sang, et les hurlements ne la dégoûtaient pas. La jeune fille inspirait le calme et le contrôle, qui restait encore à parfaire, mais qui semblaient dores et déjà de bon augure.

    A la fin de l’année scolaire de ses 14 ans, en 2002, une nouvelle discussion qui marquerait un tournant dans l’histoire des Grigoriev eut lieu. Sasha demandait à rejoindre le camp dont avait parlé son père. Après maints éclats de voix, la demoiselle obtint gain de cause. L’été, elle le passerait à San Francisco.


    ***


    Cela faisait un mois que Sasha était arrivée en ville. Les faux papiers avaient demandé un peu de temps et expliquer la situation aux grands parents sans user de mots tels que « mythologie », « demi-dieux » ou encore « super maman qui est une déesse de la nuit » n’avait pas été des plus simples. Mais pourtant, elle était bien là. Dans six mois, elle aurait 15 ans, et ferait un pas supplémentaire vers sa vie d’adulte. Alors, même si elle trouvait sa génération un peu frivole et stupide, la demoiselle avait envie de légèreté. Elle avait donc visité la ville calmement, avec un œil à la fois sobre et objectif, ne jugeant rien de ce qu’elle voyait. En cet après-midi ensoleillée, la jeune russe devenue américaine selon sa carte d’identité, longeait une rue commerçante, analysant distraitement ce qu’elle voyait. Des boutiques en tous genres, des cafés, des brasseries, et une bonne odeur de crêpes flottait dans l’air. Elle devait bien reconnaître que San Francisco était belle.

    « HEY ! » Le cri la fit se retourner, juste à temps pour apercevoir une silhouette qui se mettait à courir dans sa direction, poursuivit par une jeune fille de son âge, visiblement furieuse, mais dont les talons contrecarraient son plan de course poursuite. Avisant d’un bref coup d’œil l’objet que tenait le garçon entre ses mains, Sasha soupira. Et leva le bras quand il passa à ses côtés. Le voleur se le prit directement dans le torse, et Sasha profita de son élan pour placer son pied derrière sa cheville, et le laisser ainsi s’écrouler au sol. D’un geste, elle saisit le sac et se détournant royalement du garçon au sol, s’approcha de la jeune fille pour lui rendre son bien. « Je crois que c’est à toi. » Ce à quoi, elle reçut un regard de surprise pure. Apparemment, elle n’avait pas encore tout à fait intégré le concept de se faire discrète. Bah, elle ne reverrait jamais cette gamine alors bon. Soudain, un jeune homme les rejoignit et porta son regard sur la victime du voleur avec inquiétude, lui posant des questions du genre « Tu vas bien ? », « Tu sais qu’il y a des voleurs ici, bon sang ! » et d’autres assemblages de mots qui laissèrent Sasha de marbre. Petit-copain, analysa-t-elle.

    « Bonjour, je suis le frère d’Asha. Thomas. » Tout d’abord, la russe mit un temps à comprendre qu’elle devait serrer la main tendue, ce qu’elle fit après avoir hésité. Ensuite, elle se força à se remémorer les prénoms cités, pour pouvoir imaginer comment elle devait réagir. Enfin, elle dû bien reconnaitre que non, il n’était pas le petit ami.

    « Riley. » Et puis, après deux secondes. « Bonjour. » Son accent était perceptible, même si elle avait beaucoup travaillé pour l’effacer. Ce n’était pas en quelques années d’apprentissage de la langue anglaise, sans jamais s’y rendre vraiment, qu’elle pourrait s’améliorer. A présent qu’elle était plongée dans le pays, la demoiselle savait qu’elle pourrait faire mieux. C’était le deal : Se faire discrète. Ne rien dire sur sa vie. Garder le silence. Et trouver ce camp dont sa mère avait parlé à Andrei. Il faut reconnaitre que pour ce point-là, elle galérait un peu. Aucun indice, aucun signe, comme Nox l’avait prédit et expliqué. Rien qui n’avait pu suggérer à Sasha qu’elle était au bon endroit. Alors, elle profitait des journées tranquillement, espérant que quelque chose allait arriver, et vite de préférence. Mais ça, c’était avant de tomber sur Asha et Thomas. Son frère. Elle ne su exactement ce qu’il se passa ensuite pour qu’elle les suive durant plusieurs semaines, durant le mois d’août. Mais eux-mêmes étant en vacances, ils avaient pu aller à la plage, au restaurant, passer du temps en soirée avec d’autres jeunes que Sasha ne prendrait pas vraiment le temps de mémoriser. Mais au moins, elle avait l’air d’être une jeune normale. On ne lui donnait pas 14 ans, évidemment, mais elle ne rectifiait jamais les pronostics des autres sur son âge. A la place, elle jetait des coups d’œil à Thomas, grillant à chaque fois son regard posé sur elle. Une chose en entraînant une autre, il fut son premier. Ce n’était pas bien phénoménal, mais il avait été doux. Et il prenait toujours soin d’elle, combien même elle n’en avait guère besoin. Apparemment, les filles de son âge devaient être protégées. Un truc américain, probablement. Elle resta un mois auprès d’eux, jusqu’à cette balade en forêt. Ils avaient prévus de camper, et elle avait son sac d’affaire sur le dos. L’unique sac qu’elle avait ramené. Suffisamment grand pour qu’elle puisse y glisser son couteau et son flingue, et quelques vêtements. Ne pas s’attacher aux biens matériels, Sasha. Cela faisait quelques heures qu’ils marchaient, avec d’autres jeunes inconnus au bataillon, quand la jeune fille eut l’impression d’être suivie. Son instinct lui soufflait de s’éloigner des adolescents, et à la première occasion, c’est ce qu’elle fit. S’enfonçant à travers les arbres, faisant clairement fi des risques encourus, elle laissa ses sens se déployer. Un léger craquement la poussa à se mettre sur le qui-vive et à se retourner aussitôt. Pour croiser les prunelles sauvages d’un loup, à quelques mètres d’elle.

    Enfin. Ce fut la pensée qui traversa son esprit, alors qu’elle ne le lâchait pas des yeux. Distraitement, elle attrapa son portable dans sa poche, et appela l’hôtel où elle résidait. « Hum, Riley Priest à l’appareil. Oui, bonjour. Je souhaitais vous avertir que je ne reviendrai pas. Oui, les services ont été excellents. Bonne journée. » Et elle raccrocha, toujours sans détacher ses iris de l’animal sauvage. Lorsque celui-ci se mit à marcher, elle le suivit. Durant un très long moment. Peu importe, ça ne la dérangeait pas.

    Sa rencontre avec Lupa fut légèrement déroutante. Il faut reconnaitre que la Louve était bien plus grande que toutes les images de loup qu’elle avait pu trouver sur le net. Prudemment, elle plaça un genou à terre, en signe de respect. Sasha avait beau être fière, et lutter de tout son être même face à plus fort qu’elle – par habitude ou par besoin de se surpasser, peu importe – elle savait reconnaître quand elle devait s’incliner. Ce n’était pas une preuve de faiblesse à ses yeux, juste… Du respect, voilà tout. Ce pour quoi elle présentait sa nuque, ses yeux observant le sol et ses sens aux aguets, prête à riposter si jamais, on l’attaquait. Respectueuse, mais pas idiote, non plus. Quand la créature lui parla, directement d’esprit à esprit, elle frissonna à peine, tendue. Il était question de passer deux épreuves. Et les épreuves, ça la connaissait. Sasha se montra presque impatiente de s’y confronter, ayant réellement envie de voir ce qu’une mère des loups pouvait bien concocter. Et elle ne fut pas déçue. Si la première se concentrait sur le physique, et les prouesses liées aux efforts conjoints de la force et de l’équilibre, la seconde concernait davantage les capacités mentales de la jeune fille. Être apte à déchiffrer les indices sur son chemin, et ne pas foncer tête baissée comme elle l’avait d’abord cru, pour prouver son courage, mais plutôt en posant les armes à terre. Ce fut l’épreuve la plus difficile qu’il lui eut été donné d’accomplir. Ne pas abattre les loups comme elle l’avait pensé en premier lieu, mais s’agenouiller au milieu du cercle des attaquants… Elle ne s’était jamais sentie aussi vulnérable. Et ce n’était vraiment pas agréable. Apparemment, malgré ses attaques et ses ripostes face aux crocs et aux griffes, le fait qu’elle ait finalement compris ce dont il retournait réellement dû convaincre Lupa, qui lui indiqua une direction. Simplement. L’Ouest. Sasha devait à présent marcher, et se débrouiller par elle-même. Récupérant son sac, et offrit un signe de tête sage pour ces loups qui avaient participé à son évaluation, elle se mit en route.

    Trouver le camp lui prit une journée entière. Mais quand elle y parvint, la demoiselle fut réellement intriguée. Partout s’élevaient des bâtiments dont l’architecture lui faisait froncer les sourcils. Le camp romain avait gardé ces marques que l’on trouve dans les livres et qui font de la légion romaine, une des cultures les plus répandues et des plus connues en ce monde.

    La première année de probatio ne se présenta pas comme une partie de plaisir. Enfin, pas concernant les activités physiques, mais plutôt pour sa capacité à ne pas se mettre en colère. Plus d’une fois, elle avait eu envie d’en tuer un ou deux, pour leur apprendre à lui parler sur ce ton. Elle se foutait royalement de savoir que sa cohorte – la cinquième – avait un passé glorieux, mais qu’aujourd’hui, elle n’était synonyme que de disgrâce et de honte. Clairement qu’elle n’en avait rien à battre. Son ton venimeux et ses regards sombres suffisaient parfois à les distraire, mais c’était rare. Elle apprenait beaucoup, c’est vrai. Se battre, elle aimait ça après tout, mais ce n’était pas sa vie. Elle le sentait dans toutes les fibres de son être. Et Sasha – enfin Riley ici – avait beau faire des rencontres, rien n’y changeait. Si Aslan et Spencer faisaient partis de sa cohorte, ils n’étaient pas si proches que ça pour autant. Reyna qui était leur chef, avait le droit à son respect, mais ça s’arrêtait là. Et puis, il y en avait deux, trois autres qui avaient retenu son attention. Comme Cameron. Cette fille… Ah, qu’elle l’agaçait. Toujours un sourire aux lèvres, ou une plaisanterie qui semblait trop sincère pour être vraie, Sasha ne pouvait s’y faire. Pour elle, les gens ne pouvaient réellement être aussi… Bons. C’était impossible. Un mensonge. Et elle ne se privait pas de lui faire comprendre. Cameron eut le droit à ses piques, à ses sarcasmes, à sa mauvaise humeur en somme. Parce que cette foutue fille avait un truc. Un truc qu’elle ne comprenait pas. Elles étaient aussi différentes que la nuit et le jour, et Sasha ne pourrait jamais expliquer comment les choses ont fini par changer. Peut-être qu’elle l’observait trop. Peut-être qu’elle voulait réellement saisir si Cameron était une menteuse derrière ses regards doux et amusés. Peut-être qu’elle voulait se rassurer en la démasquant et en se prouvant que les gens comme elle, n’existaient pas. Mais voilà. Sasha fut prise à son propre jeu. Au fur et à mesure des mois, ses propos se firent moins incisifs, moins violents, moins venimeux. A dire vrai, si sa moquerie était encore là, elle se fit plus douce, presque tendre parfois. Elle-même ne s’en rendait pas compte, se laissant porter par l’aura de la blonde. C’était agréable de se tenir dans son périmètre, comme si elle aussi, était touchée par la grâce de Cameron. Un jour, elle allait avoir 16 ans… Hum, nous devions être en janvier 2004, Sasha n’y tint plus.

    Toutes deux se trouvaient dans les écuries, étant de corvée de nettoyage des box, et le silence s’allongeait. A un moment, l’une ou l’autre – Sasha ne sait même plus elle-même – lança une blague, et les deux pouffèrent. L’atmosphère se détendit et les minutes s’égrenèrent. Et puis… Cameron entra dans un box. Sasha la suivit. Et aussi confiante qu’hésitante, avança vers elle jusqu’à la plaquer doucement contre un mur. Son regard croisa celui de la blondinette, et elle vint déposer ses lèvres sur les siennes, avec une tendresse qui lui était jusqu’alors, inconnue. Elle ne pourrait expliquer ce qu’il se passa vraiment ensuite. Mais les mois marquant le début de ses 16 ans furent les plus beaux qu’elle vécus. Cameron était belle, époustouflante, et avoir la chance d’être touchée par sa joie de vivre la laissait souvent pensive. Sasha l’aimait sincèrement, quoique puissent en dire les autres. Elle n’avait rien à cirer non plus du fait que son couple pouvait délier les langues trop prudes, et « bienpensantes ». Qu’elle aime une fille… Rien n’avait jamais laissé présager cela. Mais Sasha ne voyait pas Cameron comme une « fille » à proprement parler. Elle la voyait comme la fille, et elle savait en son for intérieur, qu’elle ne pourrait plus jamais aimer une autre femme comme elle l’aimait elle.

    C’est en arrivant à l’été qu’elle se mit à réfléchir. Peut-être trop, qui sait. Mais la russe était comme ça. Son passé, et ce qui se préparait à être son avenir ne laissaient aucune place à une compagne. Cameron n’était pas fragile, là n’était pas la question, mais elle était… heureuse. Joyeuse. Positive. Rien à voir avec ce que Sasha avait connu. Et cette dernière ne pourrait ni se défaire de ce qu’elle trainait ou de ce qu’elle était, ni demander à Cameron de l’accompagner. C’en était hors de question. Alors, elle finit par prendre sa décision. Sans en avertir quiconque, si ce n’est en laissant une lettre à Reyna, exposant ses remerciements pour les entraînements reçus, et le souhait que tout aille bien pour eux, et pour Cameron.

    Et elle partit. Sans se retourner.

    Profil :

    Nom • Priest, née Grigoriev. Prénom(s) • Riley, née Sasha. Surnoms • // + // Date de naissance • 8 Février 1988 Âge • 22 ans Lieu de naissance • Aucune idée, mais elle a vécu à Chicago à partir de son cinquième mois. Origine • Américaine et Russe, je suppose. Années passé dans votre camp • Deux chez les romains, avant de partir. Statut social • Célibataire. Orientation sexuelle • Bi. Avatar • Mathilda Bernmark Crédit • écrire ici
    Élément • Ombre. Parent divin • Nox. Pouvoir (un seul) • Mimétisme Ombre. Arme et objet magique (une arme et un objet ou deux armes) • Un flingue : Un Browning Hi-Power, 9mm, possédant 13 coups, à la crosse argent et au viseur laser, avec son holster d'épaule. Un couteau : lame de 50 cm, or impériale veiné d'acier pour nos chers humains, et son holster dorsal. Camp choisi • Partisans. Rêve d'avenir • La richesse.

    Caractère :
    Rusée + Observatrice + Déterminée + Combative + Stratège + Pragmatique et Sanguine + Passionnée dans son genre + Lucide + Séductrice + Maitresse de soi + Solitaire + Méfiante + Dangereuse + Orgueilleuse + Calculatrice + Inaccessible + Sarcastique + Sauvage + Provocatrice + Rancunière

      La date/heure actuelle est Mar 12 Déc - 10:57